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" En vertu des grands principes "

" En vertu des grands principes "

Dr philippe HUMBERT
(Ecole Française d’Ostéopathie*)

J’étais un jeune médecin, il y a 20 ans, quand ma curiosité fut attirée par l’ostéopathie. Je sortais de la fac, bardé de mes certitudes et je débarquais dans un monde insolite où les médecins rêvaient de thérapeutiques naturelles, de médecines parallèles et douces, peace and love, il était interdit d’interdire, 68 était passé par là.
Mais au milieu des Babas-cool, quelques personnalités m’interpellaient. Parmi elles, un médecin, ostéopathe reconnu, disciple de Descartes et de Spinoza, qui me rassurait par son parcours, son discours et sa pratique et qui deviendra plus tard mon maître et mon ami.
C’est grâce à lui que j’ai persévéré et essayé de comprendre cette médecine qui est devenue la mienne.

Son fondateur, Andrew Taylor Still était américain, né le 6 avril 1828 en Virginie. Il débuta ses études de médecine en1853 et se passionna très vite pour l’anatomie.
C’était la guerre de Sécession et cet humaniste initié n’avait pour soigner que sa foi, son cœur et ses mains qu’il mit au service de ses connaissances médicales pour devenir ce praticien de grand talent qu’on reconnaîtra plus tard comme le père fondateur de cette médecine qu’il voulut holistique, l’ostéopathie.L’idée de Médecine Holistique : était née d’une sorte de révélation qu’il eut de la perfection du corps humain dans ses dimensions structurelles, fonctionnelles et psychologiques, toutes trois interdépendantes et ne formant qu’un tout harmonieux définissant la santé.
Cette perfection incluait la capacité d’autorégulation et d’auto traitement face à la maladie.
Pour STILL, l’homéostasie corporelle était subordonnée à l’intégrité anatomique et dynamique des structures et en particulier à l’intégrité physiologique de l’appareil musculosquelettique.

Il baptisa sa discipline, l’Ostéopathie :
Terme difficile à admettre pour un médecin, mais qui n’a pas été consacré sans raison. Il résume à lui seul la grande idée de départ, le principe fondateur. Ce terme s’éclaire quand on comprend le lien que fit A.T.S entre os et pathos.
Il choisit l’os comme élément constitutif dominant de la structure ; à la fois repère diagnostic par sa position et sa perte de mobilité et levier thérapeutique essentiel dont on se servira pour redonner la liberté de mouvement.
Pathos désignant alors dans son esprit toute perturbation de la fonction.
La structure dominant la fonction, la vie ou mieux la santé, devenait synonyme de liberté de mouvement.

La lésion ostéopathique, appelée aujourd’hui dysfonction somatique, pouvait se définir alors comme la dégradation ou l’altération fonctionnelle des éléments constitutifs du système somatique ( squelettique, myofacial, viscéral, vasculaire, lymphatique et nerveux) en rapport avec celle-ci.

A la suite de STILL, les différents travaux de recherche menés par les grands noms de l’ostéopathie depuis un siècle et demi (BURNS, FRYETTE, DENXLOW, KORR, MAC KENZYE, HEAD, KELLGRENN, TRAVELL, SPERANSKY, HEATH, HILTON, etc…) ne firent que confirmer et préciser les principes fondateurs.
En fonction de ces principes, toute anomalie de la structure, toute perte de mobilité articulaire ou tissulaire retrouvée par l’examen clinique était susceptible de retentir sur une ou plusieurs fonctions localement ou à distance et s’inscrivait dans un véritable cercle vicieux autoentretenu menaçant le fonctionnement harmonieux du tout.
Pour expliquer l’influence potentielle de chaque partie du corps sur le tout, se développait la notion de liens.

Les différents liens.

1-Le lien mécanique :
Tout médecin sait regarder, palper et même chiffrer le retentissement local d’une dysfonction articulaire (augmentation de chaleur, de volume, déformation, contracture, amyotrophie, limitation d’amplitudes), mais son approche clinique va le plus souvent s’arrêter à l’articulation en cause. L’ostéopathe par son approche de la régulation posturale, des chaînes articulaires et musculaires, s’efforcera de replacer toute souffrance locale dans un schéma beaucoup plus général.
Ainsi s’éclairent les notions de lésion primaire et secondaire, de lésion de groupe, d’une zone charnière ou victime, de lésion totale.
C’est ainsi que pour un ostéopathe, un simple blocage de l’astragale retentira sur la fonction de la cheville mais pourra aussi retentir à distance sur le fonctionnement du genou, de la hanche, du bassin, du rachis, etc… ; autant de conséquences qu’il faudra prendre en charge au même titre que la lésion primaire.

2-Le lien neurologique :
On admet aujourd’hui une partie de l’expression clinique de ce lien, par exemple dans le cadre des radiculalgies, au travers du syndrome cellulo-téno-périosto-myalgique. L’ostéopathe, depuis les travaux de KORR et la notion de segment médullaire facilité, étend son approche clinique à l’ensemble du métamère intéressé, sans oublier le retentissement neurovégétatif et sa composante viscérale (travaux de L.BURNS). L’ostéopathe connaît bien ces réflexes viscéromoteurs créant à distance de l’organe qui souffre un retentissement musculo squelettique qu’il devra prendre en charge. Citons simplement comme exemple la douleur interscapulaire chronique de certains ulcères de l’estomac.

3-Le lien fluidique :
Si on reprend l’image de STILL, comme la terre, notre organisme est irrigué pour se nourrir de différents fluides ayant chacun son propre débit et son propre rythme que l’ostéopathe doit savoir appréhender. La circulation artérioveineuse soumise au rythme cardiaque, la circulation aérienne soumise au rythme respiratoire, la circulation du liquide céphalorachidien soumise au rythme cranosacré, la circulation lymphatique soumise à un rythme beaucoup plus lent comme les différentes sécrétions viscérales.
Tout obstacle mécanique ou fonctionnel à la libre circulation de ces fluides est une menace pour l’homéostasie et doit être levé.
Citons simplement comme exemple, l’intérêt de l’ostéopathie pour traiter un œdème chronique de cheville après entorse, le drainage lymphatique ou l’efficacité de notre prise en charge sur la composante mécanique des insuffisances respiratoires.

4-Le lien psychosomatique :
Au delà des théories, c’est la pratique qui fait de ce lieu une évidence.
Grâce à la simplicité du rapport à l’autre qu’établit la main, le médecin ostéopathe va percevoir en direct la souffrance du corps soumis à des tensions anormales, indépendamment du signe d’appel, sans véritable plage d’accalmie. Il s’efforcera de libérer la parole de ce corps en souffrance afin que s’expriment les mots enfermés sous les maux, afin qu’opèrent parallèlement les techniques ostéopathiques de détente.

La démarche diagnostic en ostéopathie relève d’une sémiologie très précise, essentiellement clinique, où la palpation joue un rôle capital. En plus de l’approche médicale classique qui reste la base incontournable de cet examen, l’approche générale ostéopathique va s’attacher chez chaque patient, à apprécier le tonus et l’équilibre postural avec ses différentes portes d’entrée ainsi que toutes les mobilités articulaires dans leur intimité la plus précise et dans leurs synergies.
Pour chaque dysfonction somatique, on s’attachera à explorer l’ensemble des paramètres structuraux et fonctionnels situés dans le métamère intéressé, le tissu cellulocutané (couleur, chaleur, texture, sensibilité), les muscles (souplesse, contracture, atrophie, fibrose), les ligaments (rétraction, distension, sensibilité), les articulations (douleur, épanchement, restriction de mobilité, hyperlaxité, ressauts, bruits anormaux), les viscères (sensibilité, volume, consistance, rapports anatomiques), les vaisseaux (pouls, oedèmes, syndrome canalaire), les nerfs (point gachette, syndrome canalaire, déficit sensitivo moteur ou réflexe).
Avec de l’entraînement, cet examen palpatoire se révèle une approche sémiologique très performante. Riche d’une grande variété de techniques : allant de l’écoute où la main délicatement posée sur la structure en apprécie les variations de tension et de rythme, comme dans les techniques craniosacrées, aux techniques beaucoup plus appuyées de mobilisation forcée mais toujours indolore, en passant par des mobilisations très fines à la recherche d’une restriction de mobilité d’une articulation intervertébrale ou sacroiliaque.
De même, si par l’interrogatoire et l’expérience, le médecin fait souvent le lien psychosomatique, l’examen ostéopathique offre une sorte de rétrocontrôle dans le sens somatopsychique.

Le traitement ostéopathique traditionnel comme l’approche diagnostic ne se conçoit que général , ne laissant dans l’ombre aucune région de l’organisme même s’il insistera plus particulièrement sur la zone d’appel. L’ostéopathe dispose pour cela d’une palette très large de techniques qu’il adoptera en fonction du terrain et des indications.

1- Certaines techniques s’adressent aux tissus mous :*
à cutanés : toutes les techniques de massage et de mobilisation du tissu fibroconjonctif.


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à musculaires : visant à détendre, assouplir, étirer

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- Inhibition par pression prolongée des points réflexes,
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- Etirement passif,
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- Contracté-relaché,
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- Technique neuromusculaire d’écrasement longitudinal,
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- Mise au repos du muscle par raccourcissement passif prolongé,
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- Décordage,
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- Massage transverse profond.
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à fascias : étirements, postures, massages.

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à ligaments : étirement, ponçage

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à viscères : pressions et mobilisations douces à visée circulatoire, métabolique et mécanique.
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à circulatoires : pompages, techniques crâniennes, drainage lymphatique.

2- Certaines techniques s’adressent aux articulations :
Elles visent une action de détente, de restitution de mobilité, mais aussi une action réflexe dans tout le métamère.

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à Manipulations avec impulsion (thrust):Elles nécessitent une haute vélocité, une amplitude faible, une articulation proche de la position neutre, une force bien dosée avec respect des amplitudes physiologiques et un bon timing. A bras de levier long ou court, elles produisent en général un craquement. Elles ne s’adressent qu’aux restrictions de mobilité articulaire. La mobilité normale et hypermobilité sont des contre-indications.

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à Manipulations dites physiologiques :
Elles consistent à positionner passivement les pièces osseuses en situation lésionnelle exagérée, suivi d’un lent retour à la normale. Elles s’accompagnent souvent d’une libération articulaire avec relâchement musculaire et atténuation de la douleur.

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à Le strain contra strain (JONES) :
On place l’articulation en position antalgique la plus neutre possible afin d’obtenir le silence musculaire au niveau de la boucle gamma. Au bout de 90 secondes, le retour à la position de repos se fait lentement en 60 secondes pour obtenir la levée de la contracture et l’antalgie.

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à Les tractions axiales : elles ont un effet de détente.


Les indications :
Comme elles sont traitées ici dans un autre article, nous nous limiterons à dire qu’il n’y a pas pour nous de contre-indication à l’ostéopathie, mais simplement des contre-indications à certaines techniques, suivant la pathologie et le terrain. Comme toute mécanique sophistiquée qui a besoin parfois de dépannage et toujours d’entretien, la mécanique humaine répond aux mêmes exigences.

Les résultats :
Ils sont opérateur-dépendants, ce qui en rend l’évaluation difficile ; mais l’ostéopathie ne peut mentir en raison de son obligation de résultat.
Souvent immédiat et spectaculaire dans beaucoup de pathologies aiguës, ce résultat sera parfois plus lent, face à une pathologie chronique nécessitant un traitement de fond pour obtenir un résultat durable.


En conclusion:Comme toute médecine, l’ostéopathie est un art avant tout manuel qui s’avère rassurant par son vécu sensoriel, sans artifice, opérant en direct sur la matière vivante, avec un résultat palpable et immédiat, mais un art de retrouver le réel dans le possible.
On ne saurait donc trop insister sur l’importance du diagnostic médical traditionnel avant tout traitement ostéopathique afin d'éviter de sombrer dans l'ésotérisme, l’illusion, l'erreur voire la faute (Primum non nocere).
Comme toute médecine, elle doit rester une école d’humilité et connaître ses limites.
A côté de l’allopathie qui lutte contre la mort avec des moyens de plus en plus sophistiqués que l’ostéopathe doit bien connaître ; l’ostéopathie lutte pour aider à mieux vivre en donnant à la nature ce coup de main dont elle a souvent besoin.
C’est pour toutes ces raisons que cette discipline est devenue bien trop sérieuse et passionnante pour que les médecins ne s’y intéressent pas. Après tout, ce n’est
certainement pas un hasard si son fondateur, Andrew Taylor STILL, était médecin.

Dr Philippe HUMBERT,
Toulouse ,septembre 2002.

* Ecole Française d’Ostéopathie, 148 Bd Malesherbes, 75017 PARIS.